Inspirations

Zoom sur Kader Attia, un artiste engagé

KA

Kader Attia, un nom méconnu du grand public algérien, et pourtant cet artiste pluridisciplinaire, est un vrai touche-à-tout. De la photographie au dessin, en passant par l’architecture à la sculpture, il fait aujourd’hui le bonheur des galeries où il est exposé, notamment à Berlin, la ville où il réside actuellement.


Né le 30 Décembre 1970, à Dugny (Seine-Saint-Denis en France), de parents d’origine algérienne, Kader Attia s’est retrouvé plongé dans un milieu cosmopolite et pluriculturel, où les religions, catholiques, juives et musulmanes s’entremêlaient. Il a eu un attachement particulier pour son pays d’origine, l’Algérie, due en partie, aux nombreux allées et venues effectués entre Bab El Oued, et quelques régions du sud, dont il réalisera d’ailleurs, par la suite, une merveilleuse sculpture au couscous, d’une des plus belles villes du Sahara algérien : Ghardaïa (Ci-dessous)
26773521516_a9a3980c4f_b
Cette sculpture réalisée en 2009, et exposé au Solomon R. Guggenheim Museum à New York, est accompagnée de deux portraits des deux architectes, Le Corbusier et Fernand Pouillon, comme un clin d’œil pour leur inspiration de la cité mozabite, dans quelques de leurs œuvres, comme la Chapelle de Ronchamp  réalisé par Le Corbusier, alors influencé par le design de la mosquée Sidi Brahim à El Atteuf.
Sanstitre1
Kader Attia, est aussi cet artiste, à la démarche parfois politique et historique à travers ses œuvres. Incitant aux débats et questionnements sur des sujets souvent pertinents, comme le vivre ensemble, précisément dans les sociétés européennes, où cohabitent deux cultures diamétralement opposées, occidentales et orientales, ou encore la quête identitaire, mais aussi la société de consommation et ses répercussions sur les pays émergents. Pour ce faire, il n’hésite pas à titiller et interpeller le spectateur sur la société actuelle et ses dérives, quitte à créer la polémique et briser le tabou. Comme en témoigne son installation « Ghost », sous le thème du voile et de la prière, dans laquelle il dénonce une forme de vulnérabilité dans la pratique religieuse, à l’aide de papier d’aluminium alimentaire.  Aussi, « The Repair », une exposition mettant en avant, les travaux de « réparation » par le bricolage, d’objets africains issus de la période 14-18 de la première guerre mondiale, tout cela illustré avec des gueules cassés, peignant d’une part, les séquelles et les souffrances infligés aux hommes à cette époque, et d’autre part, confronter les pensées d’une culture et d’un temps différent, d’un continent à un autre.
Sanstitre2
L’œuvre de Kader Attia a voyagé un peu partout dans le monde, sa toute première exposition remonte à 1996, lorsqu’il part effectuer son service civil pendant deux ans au Congo-Brazzaville, un séjour qui marquera Kader, se trouvant alors une passion pour la photographie, ses clichés furent exposés au Centre culturel Français du Congo-Brazzavilledepuis il enchaîna les performances, parcourant différentes villes du globe, de Seattle à New York, de la Biennale de Venise, à la Documenta à Kassel et KW Institut à Berlin, en passant par la Whitechapel Gallery à Londres, au Musée d’Art Moderne de Paris. En plus de « Ghost » et « The Repair », une autre exposition viendra étoffer un cv déjà bien rempli, « Reason’s oxymoron », cette installation similaire à un bureau en Open Space, est constituée de 18 vidéos d’une durée de 20 secondes chacune, on y voit des interviews d’historiens, de psychiatres, de psychanalystes, de musicologues, de patients, de guérisseurs, de féticheurs, de griots, traitant, à la fois de la rationalité et de l’irrationalité de ce qu’appelle l’Occident la psychiatrie, mettant l’index sur le contraste qui existe entre les sociétés modernes et traditionnelles occidentales.

* Crédits Photos : 1) Solomon R. Guggenheim Museum, New York Guggenheim UBS MAP Purchase Fund, 2015  / 2) The Repair from Occident to Extra-Occidental Cultures, vue de l’installation © Documenta 13 / 3) Reason’s Oxymorons, 2015, © Blaise Adilon

You Might Also Like