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Q & A | Réda Seddiki

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Arrivé à Paris pour des études en Mathématiques Appliquées, Réda Seddiki ne se doutait pas une seconde qu’il finirait sur scènes quelques années plus tard. Eddar Darek l’a rencontré, un entretien passionnant au cours duquel cet humoriste à l’avenir prometteur raconte comment sa vie a pris un virage inattendu, lorsqu’un soir, un théâtre de Pigalle lui offre la chance de s’y produire…


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Qui est Réda Seddiki ?
Né en Algérie d’une mère architecte et d’un père enseignant, J’ai intégré une section mathématique à Tlemcen. A 17 ans, j’ai obtenu mon Bac en Algérie. Je suis arrivé ensuite à Paris à la Faculté des Sciences de la Sorbonne. Parallèlement, j’ai écrit un premier spectacle seul en scène. Celui-ci, programmé bien vite dans une salle parisienne, rencontre l’adhésion des spectateurs. Après 2 ans de représentations à Paris, et partout en France, mon spectacle a évolué et s’appelle aujourd’hui « Deux mètres de liberté. »
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Avez-vous imaginé une seconde qu’en arrivant à Paris pour étudier, vous finiriez dans des salles de spectacle ?
Je n’ai jamais pensé que je finirai sur scène, ça ne m’a même pas effleuré l’esprit. Je suis venu à Paris pour faire des études en Mathématiques Appliquées. Généralement, le parcours est tout tracé, après les études on trouve un emploi et la vie commence, ou se termine en d’autres termes. Cependant, j’étais proche du milieu artistique car j’avais fait le conservatoire à Tlemcen, je jouais au piano, j’avais une petite expérience de la scène musicale. Mais de là à m’imaginer sans instrument, et faire rire les gens, alors là pas du tout.

Comment vous-êtes vous lancé dans la voie du stand-up ?

Au début, j’étais passionné de théâtre et dans le cadre de mes activités périscolaires, j’ai convié à l’amphithéâtre de mon université quelques talents émergents, humoristes depuis reconnus. A force de les côtoyer, je me suis dis pourquoi ne pas tenter un petit passage sur scène…et puis on ne s’arrête plus !

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Vous souvenez-vous de votre tout premier spectacle ? Aviez-vous le trac ? Et si oui, comment l’aviez-vous surmonté ?

Je me souviens parfaitement de mon premier spectacle. C’était dans le quartier de Pigalle, qui est connu pour ses magasins d’objets de décorations d’intérieur et de cinéma expérimental. Le théâtre était un ancien peep-show (Wikipedia en donne une très bonne définition). Devenu aujourd’hui Théâtre La Cible, à sa tête Frank Bellevie et Kleber, et c’est les première personnes qui m’ont donné ma chance. J’avais peur bien évidemment, une peur indescriptible. Et c’est à ce moment là qu’on se pose des questions bizarres : « Les gens ont payé pour rire ? » « Depuis quand on paie pour rire ? ». Je ne sais plus comment j’ai fait pour surmonter le trac mais dés que les lumières se sont allumées, je suis monté sur scène et c’était le début d’une belle histoire.

Dans deux mètres de hauteurs vous éprouvez du plaisir à vous amuser et malmener les clichés de l’Algérie à la France. Quel message voudriez-vous faire passer à travers ce one-man-show ?

Quelle question ! Disons que l’objectif est de le faire avant tout. Après on a toujours quelque chose ou un message à faire passer quelque soit le propos. Le spectacle « Deux mètres de liberté. » est une sorte de recherche de légitimité. Aujourd’hui, en France on peut me dire tu ne peux rien dire tu n’es pas Français, en Algérie pareil car je ne vis plus en Algérie. Alors que pour moi, nous faisons tous partie de cette communauté qui s’appelle les « êtres-humains ». Nous partageons cette maison qui s’appelle la « Planète Terre ». Peut-être que ce n’est pas un message que je veux faire passer, mais plutôt poser une ou des questions. Par exemple, pourquoi l’identité est définie par un territoire, des frontière et tout ce qui nous diffère des autres ? Et pourquoi elle ne serait pas définie plutôt par la culture, l’art, la musique, la cuisine… etc.

Quel autre humoriste vous plait le plus en ce moment ? Et avec lequel d’entre-eux rêveriez-vous de partager l’affiche ?

Il n’y a pas un humoriste qui me plait précisément, mais j’aime les auteurs qui font de l’humour. J’aime par exemple, en lisant un livre, chercher les phrases drôles. Amin Maalouf par exemple, dans Léon l’Africain, dit en parlant de la circoncision : « Le cierge est plus rayonnant quand la mèche est bien taillée ». C’est drôle, c’est exceptionnel, même toi lecteur tu es surement entrain de rire. J’aime par exemple Hanoch Levin, un dramaturge Israélien. Il a écrit des satires politiques tellement absurdes et drôles à la fois. J’aime le trait d’esprit en fait. J’aime quand c’est fin léger et copieux. Une personne qui excellait dans cette art, et avec qui j’aurai voulu travailler, c’est Monsieur Abdelkader Alloula, paix à son âme. Je suis triste car je n’ai jamais pu et je ne pourrais jamais assister à l’un de ses spectacles. Heureusement que nous avons toujours des images pour apprécier son travail.

Pensez-vous qu’avec votre popularité aujourd’hui, vous arriverez à régulariser votre situation en France ?

C’est vrai que j’ai une situation compliqué par rapport à l’administration Français. J’ai un titre de séjour que je dois renouveler tous les ans. Je n’ai pas envie d’être régularisé car je suis connu. Je veux être traité comme tout le monde. Je fais la queue, j’attends, et je refuserai tout traitement de faveur si cela pouvait arriver.

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À quand un spectacle à Alger ?
J’aime la question : « À quand un spectacle à Alger ? » On ressent le chauvinisme algérois. On ressent la fierté de Bab El Oued et l’égo de la Casbah. Je prépare actuellement une tournée, pas seulement à Alger, mais partout en Algérie. Ça sera idéalement dans les grandes villes, six ou sept, d’est en ouest. Je communiquerai dessus une fois que tout sera confirmé. De toute façon, j’attends ça avec impatience, déjà d’une part, je pourrais enfin visiter l’Est de l’Algérie, car pour moi tout ce qui est au delà d’Alger, c’est la Tunisie. Et d’une autre part, le public algérien, que j’ai eu l’occasion de rencontrer à quelques reprises est tellement généreux. Je le souhaite à tous les artistes du monde.
 

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