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Eddar Darek x Samir Toumi

HC

Personnage atypique aux centres d’intérêts multiples, l’auteur d’ « Alger, le cri », Samir Toumi, a accepté autour, d’une conversation, de lever le voile sur son parcours, sa carrière professionnelle, mais aussi et surtout « La Baignoire », cet espace qui abrite depuis quelques années différentes expositions d’artistes, au cœur d’Alger-centre.

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Qui est Samir Toumi ? Comment de Polytechnique, il s’est retrouvé plongé dans le monde de l’art, de la culture et la littérature ?

J’ai 47 ans, diplômé de l’école Polytechnique puis de l’école des Mines à Nancy… J’étais assez bon élève, je détestais pas les maths.
Comme tout bon élève, j’ai fait de bonnes études, j’avais pas de problème avec le fait d’étudier, donc j’ai plutôt eu de bonnes notes tout le temps.
Quand t’es plutôt jeune tu suis une trajectoire… surtout quand tu es enfant de prof’ comme moi… tu suis cette trajectoire qui consiste à faire de longues et belles études, une belle carrière… etc
Et puis quand j’ai commencé à prendre de l’age, déjà dés l’age de l’adolescence, j’ai eu d’autres centres d’intérêts, qui ont été très vite : la littérature, parce que j’ai été aussi bon en littérature, je lisais beaucoup, j’ai toujours été assez polyvalent dans mes pôles d’intérêt, ensuite ça été l’école polytechnique là où j’ai commencé à avoir une carrière en parallèle, parce que j’ai fait de la radio, donc pendant toute la durée de mes études, je bossais à la Chaîne 3 où je produisais et animais des émissions, ce qui a créé une espèce de décalage.

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Pourquoi les ressources humaines ?

J’ai débuté ma carrière professionnel en France, dans le conseil en ressources humaines, j’avais un professeur de thèse, qui était physicien quantique, et je lui avais posé la question un jour, en lui disant, qu’est-ce qui fait que de la physique quantique, vous vous êtes intéressé aux sciences humaines ? il a répondu que la physique quantique n’était plus suffisamment complexe pour moi.Donc effectivement, moi j’opère dans un univers de complexité totale, qui fait que tu n’as jamais l’impression d’avoir fait le tour de la question, et c’est ce qui fait d’ailleurs que depuis 25 ans, je fais le même métier, dans des configurations bien sur bien très très différentes.

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À quel moment tu t’es découvert cette passion pour l’art ?

J’ai toujours eu une sensibilité pour la littérature, la culture, les arts…
Très très vite, dés que j’ai commencé à travailler, j’ai commencé à acheter quelques œuvres, même très modestement, ensuite je me suis installé à Tunis, où j’ai fait des rencontres décisives avec des architectes, des designers, des artistes-peintres… et forcément avec tout ça, tu affines ta perception, de ce que tu aimes et de ce que tu n’aimes pas, mais très très vite, j’ai eu besoin d’être entouré d’objets, d’œuvres artistiques…

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Venons-en à « Team Consulting », ta boite…

En créant ma boite « Team Consulting »… tu sais généralement dans mon domaine, ce qu’on offre aux clients, c’est des clés-usb, des calendriers, des choses comme ça, très vite ma stratégie a été de sensibiliser les clients, en leur offrant plutôt des livres et des œuvres, et puis il y a toujours eu une politique d’acquisition d’œuvres avec l’argent de la société, des œuvres qui nous ont permis de construire un environnent agréable à vivre.
Et de fil en aiguille, c’est comme ça qu’est né le concept de « La Baignoire », qui consiste à aller plus loin, qu’aider les artistes, ou aider les maisons d’éditions dans l’acquisition, ou aller dans une logique de partage de bénéfices.

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Quel définition donnes-tu à La Baignoire ?

« La Baignoire », c’est un concept qui n’est pas culturel à la base, c’est plus un concept de « gouvernance d’entreprise » : c’est à dire que l’idée première, est de partager nos gains, que tous les salariés partagent leurs gains, pour monter des expos et accompagner des artistes, considérant qu’une entreprise n’est pas forcément là pour enrichir ses propriétaires et ses employés.
Donc on a imaginé, un monde où toutes les entreprises, sans aucune contre partie, pouvaient par responsabilité sociale, donnaient une partie de ce qu’elles gagnent pour pouvoir accompagner la société sur des sujets aussi variés, que la culture, le sport, l’humanitaire… l’idée c’est de dire okay, si je gagne par exemple, 100 et que je pouvais en consacrer 20 à chaque fois, à autres choses que de réinvestir dans la boite, ou autres choses que mes dividendes, ou les salaires de mes employés, dans quel monde on vivrait ? Certainement un monde différent de celui-ci, après, il y a la théorie et la pratique, donc moi quand j’ai pensé qu’il était temps, je suis passé à l’acte.

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Pourquoi l’avoir baptisé « La Baignoire » ?

Parce qu’en face de toi, tu vois une baignoire…
Mais en fait, quand j’ai récupéré cette aile de l’appartement, il y avait une grande baignoire que l’ancien propriétaire avait la flemme de récupérer, et ça ne me dérangeait pas de reprendre, et quand il a été question de trouver un nom au concept, on a voulu faire oublier le nom de la boite, donc évidemment cet objet est depuis devenu un objet décoratif, et on s’est dits que c’était une bonne idée de l’appeler « La Baignoire », et ce pour deux raisons :
La première, si j’évoque le mot baignoire avec mes parents ils l’associeront tout de suite à la torture, sachant que pendant la bataille d’Alger, on torturait les gens dans les baignoires, et deuxièmement, Salim Toumi qui est mon ascendant, et qui était le dernier Roi d’Alger a été assassiné dans son bain.

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Quels étaient tes aspirations, tes attentes et tes objectifs en créant cet espace
?

Je dirai que la première était d’offrir, un espace alternatif en matière d’art contemporain pour des jeunes artistes.
La seconde, c’est de faire cohabiter l’œuvre d’art avec le monde du travail… souvent la problématique de l’œuvre d’art c’est qu’elle est soit dans un musée ou une galerie, à cet égard, un artiste espagnol, un jour m’a expliqué qu’une galerie ou un musée, c’était un peu le cimetière des œuvres d’art. L’œuvre d’art vit quand il y a de la vie autour, et le principe c’est la cohabitation, donc l’idée c’est que quand nous exposons, on fait cohabiter l’oeuvre d’art avec le monde du travail. Il nous arrive que pendant un mois, on transforme une entreprise en un lieu public, l’entreprise qui par définition est un lieu fermé voire secret devient ouvert puisque les gens visitent pendant que nous travaillons, et l’oeuvre d’art n’est jamais seule en fait, mais entourée de vie, puisqu’on reçoit des visiteurs, des clients, des journalistes pour des interviews, donc y a un mouvement perpétuel autour de celle-ci.
La troisième, c’est de montrer au monde de l’entreprise que si on est sur une logique de partage, même avec peu de moyens, on peut monter des concepts différents des concepts de « gouvernance », et du coup essayer d’introduire la notion de partage, une notion loin d’être courante, car n’entrant pas dans le paradigme de l’entreprise, sachant que l’entreprise c’est avant tout, le profit et le gain.

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Que pensent tes invités et ces clients que tu reçois… de l’emplacement de tes locaux ?

Nos bureaux se situent au Square Port-Saïd, donc on n’est pas dans les hauteurs de Hydra… On est vraiment dans un quartier très populaire, certains considèrent même que c’est carrément le Bronx, pour eux venir s’aventurer ici, c’est EXPÉRIENCE INTERDITE.
Donc le principe, a été de chercher à réhabiliter ce quartier, et son architecture datant de 1871, cette architecture des grands parents, où par ailleurs, des jeunes me disent : ça me rappelle l’appartement de mes grands-parents…
Il y avait donc cette volonté de remettre en avant cette architecture, pas toujours préservée, ni même conservée, du coup ça permet de redécouvrir ces espaces-là, qui ma foi ont beaucoup de potentiels, aussi faire cohabiter un concept culturel dans un quartier populaire a été mon défi, parce que pour moi c’est ça l’Algérie, dans sa mixité sociale, à savoir que dans cette immeuble il y a « La Baignoire », mais aussi des gens qui ont tablates – doukhane qui habitent dans le même immeuble, et cette cohabitation, à partir du moment qu’elle est gérée intelligemment, et sans préjugé aucun, bah ça fonctionne.

 

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